HéHéHé (vif mais détaché)
Oui, c’est le titre du spectacle !
Dessin © Benjamin Athanase
⏤Spectacle jeune public
–mise en scène, Benjamin Athanase
–musique, Maël Bailly
création mondiale • commande Ensemble 2e2m
Vendredi 21 mai 2027 (horaires à confirmer)
Conservatoire d’Ivry-sur-Seine
Duo Du vent dans les cordes
Sarah Givelet, violoncelle et voix
Charlotte Testu, contrebasse et voix
HéHéHé est un spectacle musical à déchiffrer qui donne à voir deux musiciennes qui lisent de la musique dans des situations particulières. Et voilà, cette première phrase résume parfaitement notre proposition
si bien qu’on pourrait presque s’en contenter.
Mais non, car la réflexion qui irrigue HéHéHé est bien plus rigoureuse que son titre ne le laisse entendre. Ce projet est né du désir de développer, d’explorer une pratique du théâtre musical déchiffré, qui se donne pour tâche de prendre à revers le temps long qui caractérise la création — ce temps long qui a pour lui de créer des moments de résistance au flux, mais qui porte aussi le risque d’arriver trop tard.
Pour vous éclairer, un exemple emblématique : le Groupe Octobre qui, dans les années 30, produisait des pièces dans un temps particulièrement court — quelques jours, voire quelques heures après avoir été écrites — donnant ainsi à vivre un théâtre dont le geste premier était de saisir les instants politiques “sans délais”.
Alors, à ce stade, vous vous demanderez légitimement :
(D’une voix bien rythmée, 1 syllabe = 140)
—Mais à quoi vont assister les spectateurs de HéHéHé ?
Il pourrait bien s’agir d’une sorte de concert dont les partitions auront été fournies aux interprètes quelques instants avant le début de la représentation.
(Ascendant et avec cynisme)
—Mais encore ?
L’enjeu de la composition est d’imaginer un circuit “sur mesure” prenant comme point de départ les conditions uniques de la représentation : l’espace, le type d’adresse, le moment de la journée… jusqu’à l’humeur de la maîtresse et au confort des sièges.
(Ascendant, une tierce au-dessus)
—Et donc ? Ça va parler de quoi ?
Les réponses se résument à un lapidaire et normand : “ça dépend”. Pour autant, un certain nombre de choses ne vont pas dépendre — les réflexes de Charlotte et Sarah, leurs instruments, leur complicité, et quelques accessoires pour spatialiser les partitions : des pupitres, des pancartes pour inviter l’audience à déchiffrer, et même des abat-jour à se visser sur la tête.
(Sans intention, plat)
—Ha ?
Ce qui nous intéresse c’est cette chose qui arrive parfois quand on se trouve autant hypnotisé par le corps du musicien en action que par la musique qu’il produit. Tout ce qu’un corps de musicien chevronné mobilise de souffle et de geste — pour concomitamment communiquer avec l’ensemble et jouer ce qui est sur la page — voilà notre point de départ.
Oui. Car par partition, nous entendons un objet de taille et de forme variable sur lequel sont codé une série de son, de gestes et d’actions coordonné les uns avec les autres, à réaliser le plus précisément possible.
(Faire sortir le “tique”)
—N’est-ce pas un peu anecdotique ?
Peut-être… peut-être pas. Ces “contraintes” nous mettent dans un
vortex d’inventions assez jubilatoire, avec des questions vertigineuses :
comment écrire une musique “à déchiffrer” ? Comment affirmer
qu’une pièce est “finie” ? Est-ce qu’un spectacle peut être la
meilleure version de ce qu’il est alors qu’il n’est presque pas répété —
et si non, comment éviter le “n’importe quoi” qui n’aurait rien
d’autre à dire que “l’un vaut l’autre et réciproquement”* ?
(Forte, résolument désagréable)
—En fait vous répondez à mes questions par des questions ?
L’adresse au jeune public n’est pas ici un geste de médiation ou de simplification — c’est un enjeu artistique à part entière : l’enfant, moins encombré de conventions d’écoute, est peut-être le spectateur le mieux placé pour recevoir ce qui se passe dans un corps qui déchiffre. Ce geste de lecture nous allons le tordre, le décupler, le saturer — en frôlant peut-être le ratage lamentable, mais avec en ligne de mire la joie d’éprouver une expérience et d’en percevoir les
contours ensemble.
(vif mais détaché, soudain sans cynisme)
—HéHéHé
* expression extraite de Hallucinante aventure de Brigitte Fontaine
Production Ensemble 2e2m, avec le soutien de la Maison de la Musique Contemporaine et de la Spedidam.
La Spedidam est une société de perception et de distribution qui gère les droits des artistes interprètes en matière d’enregistrement, de diffusion et de réutilisation des prestations enregistrées.

